Danilo, un Prince que j'aime retrouver
Il y a des rôles qui sont comme de vieux amis que l'on retrouve avec un bonheur immense. Le Prince Danilo, de La Veuve Joyeuse, est de ceux-là. Incarner ce personnage est un pur plaisir, un mélange enivrant de charme, de légèreté et d'une pointe de mélancolie. Ce fut une joie décuplée de le retrouver sur la scène du Théâtre Raymond Devos de Tourcoing, surtout aux côtés de la pétillante et talentueuse Laurence Janot dans le rôle de Missia.
Sur les traces d'un héritage de ténor
Ce qui rend le rôle de Danilo si particulier à mes yeux, c'est son histoire. On l'oublie souvent, mais ce personnage emblématique de l'opérette viennoise a été créé en 1905 par un ténor, et non des moindres : le grand Louis Treumann. Il l'a interprété sous la baguette de Franz Lehár lui-même ! C'était l'un des rôles les plus importants de sa carrière. Incarner Danilo, c'est donc s'inscrire dans une tradition de ténors qui ont donné vie à ce prince bon-vivant et terriblement attachant.
"Enfant, j'écoutais en boucle la version allemande de Rudolf Schock. Sa voix, sa diction, son interprétation, ont nourri mon imaginaire et ma vision de ce rôle. C'est un peu un rêve de gosse qui se réalise à chaque fois que je peux l'interpréter."
Un duo complice et une critique élogieuse
La critique de Bernard Crétel pour le site "Théâtre Musical, Opérette" a capturé l'alchimie que nous avons cherché à créer sur scène. Il salue un Danilo "très crédible, aussi bien dans son jeu évoluant selon les rebondissements de l’action que dans son chant bien maîtrisé grâce à une tessiture large". Il évoque un personnage passant "du mondain décontracté et narquois (...) à l’amoureux se croyant trahi", une interprétation qui, bien que basée sur un quiproquo, reste "néanmoins très touchante".
Ces mots me touchent car ils font écho à une autre transmission, plus intime. J'ai eu l'immense privilège d'être formé à ce rôle par l'un de mes maîtres en opérette et en art lyrique, Michel Ferrer. Il a lui-même beaucoup joué Danilo, notamment dans une version historique mise en scène par Maurice Béjart en 1963 à la Monnaie de Bruxelles. Recevoir son enseignement, c'était hériter d'une mémoire vivante du rôle, d'une intelligence du texte et de la scène qui m'a profondément marqué. Chaque représentation est aussi un hommage à ce qu'il m'a transmis.




